Matière vive
Gaëlle Chotard, Baptiste Croze, Frédérique Loutz, Javier Pérez, Raphaëlle Peria, JC Ruggirello, Elsa Sahal, Linda Sanchez, Sabrina Vitalidu 29 mai au 20 juin 2026
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Matière vive
Carte blanche à Irene Mauri
Gaëlle Chotard, Baptiste Croze, Frédérique Loutz, Javier Pérez, Raphaëlle Peria, JC Ruggirello, Elsa Sahal, Linda Sanchez, Sabrina Vitali
29 mai – 20 juin 2026
Déployée dans l’espace au premier étage de la Galerie Papillon, Matière vive est une exposition conçue par Irene Mauri dans le cadre d’une carte blanche pour Paris Gallery Weekend. Réunissant neuf artistes de la scène française, Gaëlle Chotard, Baptiste Croze, Frédérique Loutz, Javier Pérez, Raphaëlle Peria, Jean-Claude Ruggirello, Elsa Sahal, Linda Sanchez et Sabrina Vitali, elle rassemble une sélection d’œuvres principalement tridimensionnelles qui explorent les thèmes de la mutation et du devenir de la matière.
Longtemps appréhendée comme un support stable et passif, héritière d’une conception mimétique de l’art où la forme prime sur la substance et sur le geste de l’artiste, la matière est ici envisagée comme une force en perpétuel devenir. Matière vive part précisément de ce renversement : l’exposition affirme que chaque matériau porte en lui-même une énergie, une mémoire, une capacité de transformation, ce que l’on pourrait appeler son dynamisme inhérent. Ce dynamisme ne désigne pas uniquement le mouvement visible, mais l’ "aura"[1] propre à chaque œuvre, cette tension entre ce qui est figé et ce qui aspire à évoluer. L’artiste intervient en tant que médiateur : il guide la matière qui cherche à s’exprimer et établit, par ce geste, un lien sensible avec l’observateur.
Inspirée par la pratique de Linda Sanchez, dont la manipulation à la fois sensible et rigoureuse de la matière constitue le fil conducteur de l’ensemble, tel qu’il se donne également à voir dans son exposition Pirouettes présentée simultanément à la galerie, et par le caractère domestique et habité de l’espace d’exposition, Matière vive met en dialogue des œuvres qui incarnent des formes de dynamisme profondément différentes. Plusieurs d’entre elles opèrent un détournement de la matière elle-même : des matériaux a priori durs, inertes, porteurs de sensations de résistance et de permanence (pierre, ciment, verre, grès, bronze) se trouvent déplacés de leur apparence et de leur fonction d’origine pour révéler une légèreté inattendue, une fluidité, une frivolité presque corporelle. Dans Les saucisses de béton de Baptiste Croze, le ciment fibré adopte la forme et la gestualité de l’aliment suspendu, reproduisant le processus de fabrication de la charcuterie avec un matériau qui, par nature, est étranger au vivant. Fausta d’Elsa Sahal mobilise quant à elle la céramique pour exprimer des mouvements proprement humains : les gouttes d’émail figées à la surface témoignent d’un geste interrompu. Le verre, matière paradoxale, à la fois solide et fragile, prend ici des formes molles et souples qui évoquent l’organique et le fluide, conjuguant dimension ludique et sensibilité féminine.
D’autres œuvres figent dans le temps un geste ou une action suspendue. Un solo latido de Javier Pérez réunit deux cœurs cousus ensemble, moulés et fondus en bronze, capturant l’instant d’un battement mis en pause. Les Pains de Linda Sanchez procèdent d’un processus analogue : le contact du ciment avec le sable a produit une forme figée dans sa propre temporalité, comme arrêtée au moment de sa genèse. Certaines se laissent animer par des agents extérieurs (le souffle du vent, le passage du visiteur) et continuent de vivre au sein même de l’espace d’exposition : c’est le cas de Sans titre de Gaëlle Chotard et de Mobile de Frédérique Loutz.
Étude pour trou - La patience des pierres de JC Ruggirello pousse ce dialogue jusqu’à l’oxymore : un ballon de baudruche, matière éphémère et vivante qui se dégonfle et respire, entre en tension avec la permanence absolue de la pierre, créant un binôme où l’éphémère s’adapte à l’immuable et lui insuffle une vie nouvelle. Blessures 2 de Sabrina Vitali, par ses formes de rotation et son vocabulaire organique, suggère une métamorphose en cours, une évolution visible et bidimensionnelle portée par le mouvement circulaire représenté par le dialogue entre matières d’origines diverses. Enfin, 360° en barque #3 de Raphaëlle Peria explore les potentialités de l’engobe sur grès : la technique fait littéralement affleurer la matière, lui conférant une dimension végétale et donc vivante, tandis que l’œuvre invite le regardeur à en faire le tour, instaurant ainsi un mouvement de rotation qui devient partie intégrante de l’expérience.
Ludiques pour certaines, plus organiques pour d’autres, ces œuvres partagent une même conviction : la matière n’est pas un simple support, mais un catalyseur actif de transformations et de sensations. Détournées, suspendues, activées ou mises en dialogue, elles affirment toutes l’existence d’un dynamisme qui précède et dépasse le geste de l’artiste, et qui continue de résonner longtemps après que la forme est advenue.
Irene Mauri
[1] L’aura désigne, selon Walter Benjamin, la présence unique d’une œuvre dans l’espace et le temps, son hic et nunc, qui fonde son authenticité et son irréductibilité à toute reproduction.
LES ARTISTES :
Gaëlle Chotard : née en 1973 à Montpellier – vit et travaille à Nogent-sur-Marne.
Baptiste Croze : né en 1985 à Valence – vit et travaille à Marseille.
Frédérique Loutz : née en 1974 à Sarreguemines – vit et travaille à Paris.
Javier Pérez : né en 1968 à Bilbao, Espagne – vit et travaille à Barcelone, Espagne.
Raphaëlle Peria : née en 1989 à Amiens – vit et travaille à Paris.
JC Ruggirello : né en 1959 à Tunis, Tunisie – vit et travaille à Paris.
Elsa Sahal : née en 1975 à Bagnolet – vit et travaille à Paris.
Linda Sanchez : née en 1983 à Thonon-les-Bains – vit et travaille à Marseille.
Sabrina Vitali : née en 1986 à Thionville – vit et travaille à Paris.