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© Frederic Garcia Starface


Les écarts serrés

1er septembre - 25 septembre 2018
Vernissage - Samedi 1er septembre, de 15h à 20h

Linda Sanchez est une artiste solidement outillée. Et je ne parle pas seulement des instruments, ustensiles et autres appareils manufacturés ou inventés de toutes pièces dont elle fait usage pour la fabrication de ses œuvres. Mais plutôt de l’appareillage langagier qui sert de script – comme l’on parlerait de fondations dans le secteur du bâtiment – à l’ensemble de sa production. Car structurellement parlant, les sculptures et objets de cette artiste née en 1983 se lisent volontiers comme autant de signes d’une partition qui ne dit pas son nom. Aussi, si le paysage qu’offre la réunion de ses sculptures semble au premier abord quelque peu atone ou aphone - impression sans doute liée à la palette uniforme, pâle et cireuse, de ses sculptures - c’est au contraire face à une communauté discrètement bavarde qui bruisse de mille histoires et d’autant de signifiants que nous nous tenons.
Prenez par exemple cette œuvre, posée en équilibre dans la première salle de l’exposition. "C’est une virgule" assure l’artiste, le résultat d’un geste puissant mais moins définitif qu’un point à la ligne, qui consista à soustraire une la(r)me de terre d’un bloc compact. Cette sculpture, aussi discrète dans l’espace que la ponctuation dans une phrase, fonctionne comme une respiration après la production de son ainée présentée dans la seconde salle. Intitulée Le lacet, "qui m’évoquait aussi le verbe lacérer" précise Linda Sanchez dans un impensé lacanien, cette pièce autoportante à échelle humaine est une prouesse technique. Imaginez une grosse motte de glaise que vous venez trancher à l’aide d’un fil. La même chose dans une motte de beurre. Imaginez maintenant que cette motte fasse près de deux mètres de haut et que le fil à découper soit proportionnel à ce monstre de terre. C’est cette portion congrue, cette mince tranche créée au cœur de la matière que l’artiste a moulée et extraite. "C’est une faille matérialisée" résume cette dernière avec un certain sens de la formule à tiroirs.
La réversibilité, les notions d’envers et d’endroit, de pli et de repli, de plein et de creux font partie du champ lexical de cette artiste d’atelier qui présente ici une collaboration avec l’artiste Baptiste Croze avec lequel elle poursuit depuis quelques années un travail et une vie "en porosité", comme elle le dit joliment. Or, cette nouvelle famille de sculptures enduites puis poncées jusqu’à l’os, se lit justement comme la manifestation très matérielle d’une perméabilité. Baptisées Les Sourdines, elles dissimulent sous leur manteau neigeux raclé à vif des matériaux de bricolage et de construction qui sont de fait comme atténués par cette double opération de masquage/déshabillage. Chaque objet est composé de crêtes, de lignes et des creux. C’est cette topographie que les Sourdines révèlent.
Les barquettes alimentaires en aluminium, une fois défroissées à la main dans un effort long et fastidieux qui vient contredire la brutalité et la rapidité de la production industrielle, révèlent, elles aussi, leur lot de surprises. On pourrait les prendre de loin pour des tests de Rorschach cabossés. De près, elles jouent tantôt la carte tautologique - lorsque même sèchement aplatie la forme initiale conserve ses proportions de poissons schématiques - ou ménagent au contraire leurs effets quand se révèle, à la faveur d’un dépliage patient et soigneux, une excroissance que la machine n’avait fait que masquer. 
L’exposition tout entière est un hommage à la plasticité du langage et de la matière. Intitulée Les écarts serrés, elle fonctionne comme un vaste oxymore. Où l’on entre avec Linda Sanchez dans l’épaisseur des choses, quand elles s’en tiennent pourtant souvent à des effets de surface. Où l’on croit d’abord à une cartographie d’un monde d’objets autistes et mutiques quand ces derniers se révèlent finalement d’une grande volubilité.
Claire Moulène
Linda Sanchez – Née en 1983 à Thonon-les-Bains. Vit et travaille à Marseille.
Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art Annecy Alpes en 2006 puis 2015 (DSRA), Linda Sanchez effectue de nombreuses résidences, des workshops et des collaborations qui lui permettent de développer sa recherche.
Son travail est très tôt présenté à l’IAC – Institut d’art contemporain de Villeurbanne et elle fait partie de la sélection de la 62ème édition du Salon de Montrouge. Elle est lauréate du Prix Révélations Emerige en 2017 et obtient le Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo en 2018.
Baptiste Croze – Née en 1985. Vit et travaille à Marseille 


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avec le soutien du Fonds de dotation Emerige


Le lacet, 2018 - avec le concours des Beaux-Arts de Marseille (ESADMM)
Sans titre (six niveaux)avec le concours de 3 bis f