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Frédérique Loutz
Flip a coin

5 janvier - 27 février 2021


Extraits des textes réalisés pour Girrrland, la monographie consacrée à l’artiste éditée par The Drawer et la Galerie Papillon, à paraître ce printemps.

Camille Morineau, Frédérique LOUTZ : un dessin partial, passionné, politique
 - décembre 2020

Une artiste surdouée, une pincée d’outrance, beaucoup d’humour et l’étincelle de la magie. J’écris ce que Loutz me fait découvrir : un univers qui j’espère éclairera autant les historiens que les collectionneurs, ceux qui aiment le dessin que ceux que la peinture émeut et que la sculpture étonne. Où l’on voit que le trait gravé peut dialoguer avec la peinture, la sculpture être l’origine du dessin, et ce dernier se nourrir de toute la matière du monde. Comme une bouche ouverte, ou une porte, l’œuvre de Loutz aspire un monde qu’elle nous « rend » avec ses mystères, son épaisseur, sa magie, sa peau vue de l’extérieur ou de l’intérieur. Un dessin critique en somme, dessin-loupe sur le monde, dont la portée synesthésique résonne avec la définition idéale de la critique que faisait Baudelaire, au milieu du XIXème siècle. […]
Dessinatrice avérée, graveuse obsessionnelle, sculptrice naturelle et poète secrète, Loutz flirte en effet sans cesse avec la peinture. Ses grands formats en attestent ainsi que ses références directes à Géricault, Delacroix, Duchamp (Nu descendant l’escalier), ses Vierges à l’Enfant, ses portraits de Colosses et de Nains, ses innombrables natures mortes. Écoutons-la. En 2010, elle "commence à prendre en charge le fond" : des "grands jus d’encre, d’aquarelle constituent une trame pour le paysage, le dessin apparaît dans son séchage et je l’accompagne dans sa réalisation". En 2012, le dialogue s’approfondit : "Je dessine à la plume, ça m’agace, je dessine au pinceau, ça n’a pas le temps de sécher, je mouille donc, il ne subsiste que les contours de ma trace au pinceau, du coup j’ai des lignes… Ensuite je retravaille avec de la couleur au crayon". "Je traite, conclut-elle, le dessin comme une peinture (j’utilise le pinceau, la gouache, autant que l’encre). Je travaille aussi sur des toiles très fines… mais malgré tout, je pense que c’est du dessin". Mais de quel "dessin" s’agit-il ?


Julie Crenn, Un peuple de corps 
- avril 2020

Plusieurs univers se cognent à l’intérieur des dessins de Frédérique Loutz. En les regardant de près, ils évoquent autant les sombres poèmes d’Henri Michaux, le journal intime de Frida Kahlo, les peintures exubérantes de Peter Saul, l’expressivité tragicomique inhérente aux dessins et aux textes de Sophie Podolski, l’humour noir de Roland Topor, la théâtralité lugubre de Marnie Weber ou encore la magie d’Alejandro Jodorowsky. Frédérique Loutz appartient à une famille artistique internationale et intemporelle. Une famille dont chacun des membres s’attache à la représentation d’existences complexes, excessives, absurdes, expressives, intenses et violentes. Ses œuvres sur papier sont faites de ces ingrédients sulfureux et chaotiques. Elles traduisent une difficulté à se définir et à définir les autres. Au fil des années, nous y percevons différentes couches de forces, de traumas, de jouissances, de silences, de cris, de portes ouvertes et de portes qui restent fermées. […]
Libérée de toute forme de norme, Frédérique Loutz nous invite à une exploration de nos secrets, de nos hontes, de nos plaisirs, de nos violences, de nos désirs ou encore de nos inconsciences. Dans cette plongée intime, il ne s’agit jamais de se définir, bien au contraire. "J’aime quand le dessin bouscule, me bouscule." Dans un territoire où les jouissances et les déchirements cohabitent, Frédérique Loutz fabrique différentes sémantiques et esthétiques. Elles sont le miroir de métamorphoses intemporelles. Sur le papier, la multiplication engendre l’indéfinition. Il s’agit pour l’artiste de ne jamais se fixer pour constamment tenter de toucher la part insaisissable de nos histoires, de nos relations et de nos existences. Les dessins formulent des questions auxquelles elle apporte de nouvelles questions. Aucune réponse n’est imposée. L’écriture de Frédérique Loutz est excessive, tourmentée, énergique.

The Drawer, 
Le jeu de Loutz, interview/questionnaire à l’artiste

Quelles sont les règles du jeu de Loutz ? Sa langue principale ?
Frédérique Loutz : J’ai bien aimé être qualifiée "d’analphabète autodidacte" par l’écrivain Frédéric Valabrègue dans le livret de mon exposition au Centre international de poésie de Marseille en 2013. L’idée me plaît que l’on puisse penser que j’ai su. Il est vrai que j’aime déformer pour éprouver la forme et en multiplier les sens. Il est vrai que l’oubli à ses vertus alors, surtout pour un esprit bordélique et borderline comme le mien.
Quelle est ma langue ? J’ai grandi avec un dialecte : l’allemand de souche, puis le français. Mes images procèdent donc du composite, du mélange hétérogène, du baroque ("baroque sec" avait précisé Jacques Monory en découvrant mes dessins au Château de Jau en 2011), et pourtant j’aime le net, la chute… En répondant, je décrète que ma langue - merci Jacques a dit - est le baroque sec. D’ailleurs mon dialecte est mort.
Les règles de mon jeu ? Je code les formes, les sujets, je recode avec de nouvelles grammaires dans l’espoir de décoder un message qui me dirait ce qu’il en est de notre état, de notre devenir, de notre folie, de notre sauvetage, de ma feuille de route à venir et surtout passée. Dessiner est pour moi une sorte de magie blanche, accompagner une transformation dans l’idée d’un apprentissage et d’un possible partage.

Tes dessins montrent souvent littéralement des dents. Entre la menace et le rire, tu choisis quoi ?
FL : Je choisis "l’entre" pour tenter "l’autre". Pour de vrai ! Je veux choisir la tension entre deux termes, deux formes, deux entités. Je suis née entre deux cultures, entre la France et l’Allemagne et j’aime cet espace, ni l’un, ni l’autre, ce terrain vague et fertile. Je plante donc la menace et le rire, le sensuel et le raide, le classique et le vulgaire pour tirer le fil entre et me balader dessus telle une funambule. Bon et puis il y a le dedans (de dents), l’intrigue de ce que l’on soupçonne mais ne voit pas. Pour moi le dessin cache ce qu’il doit montrer et inversement.

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Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 1997, Frédérique Loutz est pensionnaire de la Villa Médicis en 2007. Elle participe à d’importantes expositions collectives dont la Triennale "La force de l’art 02" au Grand Palais (2009), l’exposition consacrée aux artistes femmes elles@centrepompidou (2010) orchestrée par Camille Morineau, Tous cannibales à la maison rouge (2011) ou encore XXL, Estampes Monumentales Contemporaines au musée des Beaux-Arts de Caen (2019). Dès 2005, le travail de Frédérique Loutz entre dans les collections du Fonds national d’art contemporain et celles du Centre Pompidou qui seront complétées en 2012 par l’importante donation des Guerlain. En 2013, elle est en résidence au château de Chambord où elle expose les premiers verres réalisés à Meisenthal et toute une série de dessins produits sur place. Des œuvres majeures sont également présentes dans les collections des Frac Picardie et PACA ainsi que dans des collections privées de renom. Flip a coin est sa 5ème exposition personnelle à la galerie.